Foi et culture

Bénédiction des érables

Marc-Aurèle de Foy Suzor-Côté, La bénédiction des érables

 

D’avis que les communautés chrétiennes doivent résolument s’ouvrir « aux impératifs d’une rencontre vraie de la culture et de la foi » [1], l’Observatoire Justice et Paix est particulièrement préoccupé par cette relation, du point de vue théorique comme du point de vue pratique. L’Observatoire, de par sa mission, s’intéresse particulièrement au rapport entre la foi et la culture québécoise et, plus largement, la culture canadienne-française.

Par sa nature, « l’Église n’est liée à aucune forme particulière de culture, ni à aucun système politique, économique ou social » [2]. Toutefois, dans sa tâche d’annoncer l’Évangile, l’Église rencontre nécessairement les cultures et prêche à des groupes humains possédant des univers culturels autonomes. Ainsi, l’Église est appelée à s’incarner dans une culture particulière, où l’expression de la Parole peut prendre diverses formes et même dévoiler de nouvelles facettes de l’Évangile. La foi et la culture sont donc intimement liées et nourrissent leur compréhension mutuelle.

Au sens large, le mot « culture » désigne tout ce par quoi l’homme affine et développe les multiples capacités de son esprit et de son corps [3]. Les moyens qui permettent un tel épanouissement peuvent être divers selon le lieu et le temps et en viennent à former un patrimoine au sein d’une communauté. Aujourd’hui, de plus en plus de voies nouvelles s’ouvrent pour parfaire et étendre la culture.  De par l’essor de nouveaux moyens techniques qui permettent une communication accrue entre les être humains, ainsi qu’une meilleure organisation des ressources, la société moderne produit de nouvelles formes de culture qui constituent une richesse, mais qui amènent aussi de nouveaux défis.

Le rapport entre foi et culture n’en est pas un seulement de patrimoine. Le chrétien, comme tout homme, est appelé à cultiver les progrès de la connaissance scientifique et technique, à produire de nouvelles manifestations d’art ou à s’engager au sein d’organisations actives. Les chrétiens sont de surcroît invités à marier la connaissance des sciences et des théories nouvelles avec les mœurs et l’enseignement de la doctrine chrétienne, « pour que le sens religieux et la rectitude morale marchent de pair chez eux avec la connaissance scientifique et les incessants progrès techniques » [4].

Au cours des dernières décennies, la culture d’ici a connu des changements profonds, puisant toutefois en elle-même les forces et les idées nécessaires à ce renouvellement. Une culture proprement québécoise a vu le jour, se substituant de plus en plus à ce qui était considéré comme l’identité canadienne-française. Tout en respectant la spécificité de la culture qui s’est développée exclusivement dans la province du Québec, l’Observatoire Justice et Paix est d’avis qu’un rapprochement avec le patrimoine culturel canadien-français contribuerait à créer des liens plus forts entre citoyens, tout en offrant à chacun une identité culturelle plus riche.

Ainsi, l’Observatoire Justice et Paix juge bénéfique toute tentative de compréhension, de réconciliation et d’appropriation du passé, afin de bâtir une mémoire collective saine, réaliste et porteuse d’espérance pour le peuple québécois, en union avec les communautés canadienne-françaises du reste du Canada et ce, dans le dialogue et le respect des singularités.

[1] Comité de théologie de l’Assemblée des évêques du Québec,  Mission de l’Église et culture québécoise: réflexions sur les liens entre foi et culture, Fides, 1992, p. 7.

[2] Gaudium et spes. L’Église dans le monde ce temps, Constitution pastorale du 08 décembre 1965, 42, 4.

[3] Ibid., 53, 2.

[4] Ibid., 62, 6.